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Homélie du Père Guy de Lachaux pour le 4e dimanche de Carême 2021

Prendre soin de mes proches, de mon prochain
 
L'homélie est disponible en versions audio et texte ...
 
 
Version audio :
 
 
 
 
Quand j’entends cet évangile, je suis toujours très profondément ému. Il y a une phrase qui m’atteint particulièrement : « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils Unique ».
 
Est-ce qu’on se rend compte du poids de cette phrase ?
 
J’en connais, moi, des gens qui ont perdu leur fils unique. Quelle douleur ! Mais c’est une chose de le perdre, et c’en est une autre de le donner… Je pense à cette maman dont le fils unique est devenu prêtre. Cela a été pour elle un énorme déchirement. Et il a fallu qu’elle fasse un long chemin intérieur pour, un jour, le donner. Sinon, elle aurait vécu toute sa vie avec ce sentiment qu’on le lui avait volé !
 
Oui, donner son fils, et qui plus est son fils unique, c’est un long chemin intérieur. C’est le chemin que Dieu Lui-même a parcouru, et on nous dit pourquoi : c’est pour « que quiconque croit en Lui ne se perde pas, mais qu’il obtienne la vie éternelle ». Voilà ce qui a fait pencher la balance pour que Dieu donne son Fils Unique. C’est NOUS qui avons fait pencher la balance dans le cœur de Dieu. C’est NOUS, et notre aventure quelquefois mortifère, qui a décidé Dieu à jouer son va-tout en son Fils Unique.
 
Il nous faut mesurer combien, à travers cela, Dieu aime le monde… combien il aime chacun d’entre nous jusqu’à venir nous chercher au cœur même de notre vie quotidienne pour nous ouvrir à la vie éternelle, c’est-à-dire à la vie en plénitude, car la vie éternelle est déjà commencée naturellement.
 
Saint Jean a été touché au plus profond de lui-même par la grandeur de l’amour de Dieu. On a même l’impression qu’en lui, c’est comme une blessure. C’est pourquoi, à travers les lettres qu’il écrira aux Eglises, il dira toujours la même chose : Dieu nous aime, jusqu’à donner son Fils Unique. Et il en tirera à chaque fois les mêmes conclusions qui lui, paraissent évidentes : « Mes bien-aimés, si Dieu nous a aimés ainsi, nous devons nous aussi, nous aimer les uns les autres ».
 
Pour lui, c’est une évidence ; ça n’est pas un devoir ! On ne peut pas être tellement aimé et ne pas aimer soi-même. C’est d’ailleurs le sens du commandement nouveau que nous donne Jésus : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés », c’est-à-dire « Regardez comme je vous aime, et vous comprendrez pourquoi et comment vous devez aimer vos frères ». C’est le moteur même qui va nous pousser à dépasser nos tendances naturelles qui sont déjà altruistes… regardez par exemple les restos du cœur, mais aussi toutes celles, tous ceux qui s’engagent pour prendre soin des autres. J’en suis chaque jour émerveillé… et je sais, par ma foi, que nous sommes tous créés à l’image de Dieu, et donc avec ce virus au profond de nous-même : cette quête incessante d’être aimé et d’aimer !
Mais je sais aussi par la foi que cette formidable quête d’amour qui nous habite est comme blessée par un virus invisible qui nous fait détruire ce que nous construisons, qui nous fait nous recentrer sur nous-même et oublier le frère qui est à côté de nous. Et c’est pourquoi il nous est essentiel de lever les yeux vers le serpent de bronze dont parle l’évangile… et qui n’est autre que le Fils Unique élevé… mais élevé sur une croix, afin que, nous dit encore l’évangile, tout homme qui met en Lui sa confiance ait la vie en plénitude.
 
Saint Paul le disait autrement dans l’épître que nous avons écoutée : « C’est bien par la grâce que vous êtes sauvés ». C’est comme un cadeau qui nous est fait d’être restauré dans notre force d’aimer par le Christ. Mais encore faut-il oser le regarder ! Attention, ce cadeau ne restaure pas en nous un sentiment, mais un désir d’aimer. Et aimer, c’est quelque chose de très concret : c’est prendre soin !
 
Ce qu’il y a de plus grand dans une vie humaine, c’est de prendre soin de nos proches, de notre prochain ! Mais c’est en même temps ce qu’il y a de plus difficile.
 
Il y a quelques jours, dans les études bibliques œcuméniques, nous avons étudié le fameux passage de saint Matthieu qui nous dit que l’amour du frère va jusqu’à l’amour des ennemis. Alors certains se demandaient : « mais comment peut-on aimer ses ennemis ? » Si aimer, c’est une affaire de sentiment, de sympathie naturelle, je les comprends ; mais aimer, c’est bien plus que cela :
Aimer, c’est faire du bien à quelqu’un, même s’il me fait du mal…
Aimer, c’est « bénir », même ceux qui nous maudissent…
Aimer, c’est « prier » même pour ceux qui nous calomnient… Voilà ce que dit l’évangile. Et il conclut par une phrase très forte : « Comme vous voulez que les hommes agissent envers vous, agissez de même envers eux ! »
 
Je ne saurai trop vous conseiller de lire et de relire la parole du Pape François qui a pris soin de nous écrire cette lettre magnifique : « Tous frères » Mais attention, ce n’est pas un poème d’amour, c’est un texte exigeant qui essaye d’ouvrir les conditions réelles d’un véritable « prendre soin du frère ». 
 
Cet appel à prendre soin de nos proches, de notre prochain est un appel qui dépasse complétement le petit geste qui restaure la relation avec le proche, même si ce petit geste est très important. C’est un appel à nous laisser contaminer  par ce formidable amour de Dieu qui va jusqu’à donner son Fils Unique, pour nous lancer à corps perdu dans le combat de la vie où prendre soin du frère est essentiel.
 
Père Guy de Lachaux